CVI
LE
JEU
Dans
des fauteuils fanés des courtisanes vieilles,
Pâle,
le sourcil peint, l’œil câlin et fatal,
Minaudant,
et faisant de leurs maigres oreilles
Tomber
un cliquetis de pierre et de métal;
Autour
des verts tapis des visages sans lèvres,
Des
lèvres sans couleur, des mâchoires sans dents,
Et
des doigts convulsés d’une infernale fièvre,
Fouillant
la poche vide ou le sein palpitant;
Sous
de sales plafonds un rang de pales lustres
Et
d’énormes quinquets projetant leurs lueurs
Sur
des fronts ténébreux de poëtes illustres
Qui
viennent gaspiller leurs sanglantes sueurs;
Voilà
le noir tableau qu’en un rêve nocturne
Je
vis se dérouler sous mon œil clairvoyant.
Moi-même,
dans un coin de l’antre taciturne,
Je
me vis accoudé, froid, muet, enviant,
Enviant
de ces gens la passion tenace,
De
ces vieilles putains la funèbre gaîté,
Et
tous gaillardement trafiquant à ma face
L’un
de son vieil honneur, l’autre de sa beauté !
Et
mon cœur s’effraya d’envier maint pauvre homme
Courant
avec ferveur à l’abîme béant,
Et
qui, soûl de son sang, préférerait en somme
La
douleur à la mort et l’enfer au néant !
CVI
THE
GAME
In
the faded armchairs of the old courtesans,
Pale,
their brows painted, the eyes themselves caressing and fatal;
Coquettish,
their ear- rings jingling
With
the sound of stone on metal.
About
the green rugs the lipless faces,
Lips
colourless, gums toothless,
And
the convulsive fingers of an infernal fever,
Searching
inside empty pockets where the heart beats;
Under
dirty ceilings a ring of pale lustres
And
the enormous oil lamps projecting their halos
Above
the dark foreheads of some illustrious poets
Who
are gasping in bloody sweats;
Such
is the dark tableau of a nocturnal dream
I
see it playing out in my clairvoyant eye;
Myself,
in a corner in a taciturn lair,
Where
I see myself leaning, cold, mute, envious,
Envying
these people their tenacious passion,
Of
those old whores with the funerary gaiety,
And
altogether taking the piss of me to my face
One
with her old ideas of honour, another her beauty!
And
my heart fearfully envying the hand of a poor man
Chasing
feverishly the beatific abyss,
And
which, drunk on his blood, prefers to everything,
The pain of Death and l’enfer – to…. the void.
No comments:
Post a Comment